A PROPOS DU CHAMPIONNAT DE FRANCE 2014

Il y a deux mois venait de se terminer notre championnat annuel des modèles et allures. Un championnat quelque peu perturbé par de mauvaises conditions météorologiques mais qui fut globalement réussi, conduit avec rigueur et professionnalisme, avec un nombre accru de participants venus de plusieurs pays européens, et de très bons résultats.
Après quelques critiques, malveillantes, reprises et relayées sur les réseaux sociaux, la raison l’a très vite emporté et je remercie ceux et celles, éleveurs, propriétaires ou simples cavaliers qui ont tenu à souligner la qualité et le professionnalisme grandissant du concours organisé chaque année par notre association d’éleveurs et notamment celui de cette année.
Mais les accusations lancées par un éleveur déçu, dont certaines relèvent de la calomnie, sont graves puisqu’il s’agit de remettre en question tout à la fois d’abord la compétence et l’honnêteté d’un juge international espagnol mandaté par l’ANCCE, ensuite l’organisation et la conduite du championnat lui-même, enfin l’intégrité des responsables élus de l’AECE. Mais excessives, voire insultantes dans leur formulation, elles en deviennent simplistes et insignifiantes. Ce refrain n’est d’ailleurs pas sans me rappeler la petite phrase célèbre attribuée à Confucius (et reprise depuis) qui affirmait que « tout homme qui dirige, qui fait quelque chose, a contre lui ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui font précisément le contraire, et surtout la grande majorité des gens, d’autant plus sévères qu’ils ne feront rien du tout »
Ce chahut, aussi éphémère qu’inutile, mérite donc d’être très vite oublié et l’éleveur indélicat, membre de notre association, devrait, de mon point de vue, en tirer lui-même les conséquences qui s’imposent. J’ajoute que ces accusations reprises et commentées en cœur par un cortège hétéroclite de cavaliers, de marchands de chevaux et d’une poignée d’éleveurs tous aussi sûrs de leur savoir, de leur savoir faire et de leur bon droit ne sert évidemment pas la cause du cheval de pure race espagnole, bien au contraire.
Je n’y reviendrai donc plus mais je voudrais simplement m’arrêter sur quelques points de détail qui font régulièrement débat, et rappeler quelques fondamentaux :
Le championnat annuel des modèles et allures est indispensable. C’est la raison pour laquelle son organisation est inscrite dans nos statuts. Il est indispensable car nécessaire pour que l’élevage du PRE en France progresse. Mais quelques éleveurs estiment qu’il ne servirait pas suffisamment les intérêts du PRE né en France et contestent son utilité dans sa forme actuelle. Pour certains autres ils affirment préférer orienter leur sélection vers des disciplines, qui se veulent plus sportives, ou plus ludiques voire festives et dénoncent volontiers les insuffisances des concours morphologiques. Je me garderai de les critiquer et je soutiens moi-même depuis longtemps l’idée que les chevaux de PRE doivent avant tout être considérés comme des chevaux de sport et traités comme des athlètes, quelque soit la destination qu’on leur réserve. Je pense simplement qu’il y a complémentarité entre toutes ces disciplines et que les unes ne sont pas exclusives des autres, au contraire. J’observe d’ailleurs au passage que les chevaux présentés sur les sites des élevages les plus prestigieux le sont très souvent sous la selle de cavaliers reconnus et que les succès obtenus aux concours de modèles et allures sont soulignés pour valoriser la production. Bref, c’est une évidence, un cheval doit être conforme au standard de la race et harmonieux, bien monté aux trois allures, et mis en valeur pour être en mesure de se confronter à la concurrence dans les meilleures conditions. C’est d’ailleurs dans cet esprit que sont organisées toutes les épreuves de fonctionnalité de nos concours, qui ont donc naturellement une utilité incontestée.
Autre argument souvent avancé : la présentation en main serait inutile car cette épreuve ne mettrait en valeur qu’un savoir faire, (celui du présentateur professionnel) et un savoir être (celui du PRE) présenté sous son meilleur jour…pour séduire un ou plusieurs juges …par la valorisation de sa conformité et de l’harmonie de ses formes. Les juges ne seraient d’ailleurs pas totalement impartiaux ; enfin, cette épreuve pourrait, selon certains, donner lieu à des abus dans le domaine de la préparation des chevaux. La vérité est évidemment ailleurs. Qui peut affirmer en effet qu’il détient seul, dans son élevage isolé, la vérité ? Que sa sélection est bien menée ? Que ses chevaux « fonctionnent » bien ? Les éleveurs, c’est bien connu, produisent, tous, les meilleurs chevaux. Mais la vérité de la sélection se trouve dans la confrontation, qu’on le veuille, ou non et dans l’œil d’un juge. Refuser cette évidence, c’est s’enfermer dans sa certitude et refuser le progrès. Et pour celui qui participe à un concours, refuser l’échec en dénonçant l’incompétence d’un juge, c’est décider de régresser. C’est dans l’analyse objective des raisons de l’échec que se construit l’avenir. C’est ainsi que la science a progressé. Le PRE d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui, même si les fondamentaux restent constants. Participer aux concours de modèles et allures permet à l’éleveur de se situer, et de progresser, les rejeter ne mène à rien. Les échanges que beaucoup souhaitent se font notamment à cette occasion et refuser que des éleveurs étrangers participent aux concours organisés en France n’a plus de sens aujourd’hui dans notre Europe sans frontières. Le marché français du PRE ne peut et ne doit être captif. Les acheteurs, eux, l’ont bien compris.
Professionnaliser le concours de modèles et allures est devenu indispensable Il était devenu nécessaire et urgent que l’association se professionnalise pour faire face à ses nouvelles obligations. Cette démarche a été menée avec constance et persévérance par les dirigeants successifs de l’AECE et leurs collaborateurs. Il était devenu indispensable également de professionnaliser nos activités associatives et notamment le championnat de France. Qu’il s’agisse de messieurs Ronchail, Noblet et plus récemment Richard Dupont-Ferrier, la démarche fut la même et vise désormais à donner à notre concours annuel une dimension internationale. Rigueur, transparence et respect des règles voilà les trois critères que chaque président successif met un point d’honneur à respecter. Le concours de cette année n’a pas échappé à cette dynamique. C’est dans cet esprit que la gestion technique du concours a été confiée à des professionnels espagnols, reconnus dans leur pays pour leur compétence, qu’il s’agisse du juge, Juan Carnero, tiré au sort parmi l’ensemble des juges internationaux opérant en Espagne, au SICAB notamment, en Europe bien entendu, mais aussi dans les pays de culture hispanique-, du juge de piste et de son assesseur, du secrétaire technique et du photographe. C’est aussi dans cet esprit que le concours est préparé de longue date, que rien n’est laissé au hasard grâce à l’excellent travail de notre secrétaire technique, madame Guillemain et que nous reconduisons chaque année la même « speakrine », Anne Charlotte Dupont qui s’acquitte de sa tâche difficile à la satisfaction de tous. Et c’est pour toutes ces raisons que notre concours annuel est homologué par l’ANCCE et qualificatif pour le SICAB.
Professionnaliser la présentation de ses chevaux est indispensable et ne s’improvise pas. Sortir un cheval du pré comme je l’entends quelquefois-pour le faire participer à un concours relève de l’amateurisme et peut conduire facilement à la désillusion, à la frustration et au rejet du système. Par ailleurs, le succès « d’un jour » ne signifie pas forcément le succès de « toujours ». Un cheval grandit, évolue, bref, peut changer. C’est un être vivant qui peut souffrir d’un déplacement, d’un travail mal conduit, ou tout simplement d’un aléa de sa vie comme tous les athlètes du monde en connaissent. Le présentateur peut aussi être défaillant.Accessoirement, le ou les juges peuvent déceler un défaut ou une qualité inconnue jusqu’alors qui vient modifier la note dans un sens inattendu…Augmenter le nombre de juges peut avoir un effet bénéfique ou inversement, mais ne change rien au fond, c’est bien le cheval qui reste au centre du débat. Présenter son cheval ne s’improvise donc pas mais s’apprend et s’organise. Comme je l’évoque plus haut, sous réserve d’une simple remise en question, l’échec peut être bénéfique et constituer un facteur de progrès. Progresser, c’est donc bien une des raisons d’être des concours de modèles et allures.
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Cette année le championnat a été mené avec rigueur et le plus grand sérieux. L’orage et ses conséquences désastreuses sur la qualité de la piste nous ont obligés à modifier le programme pour que chaque compétiteur soit traité équitablement et éviter un accident toujours possible. Ces modifications d’horaire ont perturbé l’ambiance et bien évidemment nuit à la qualité des échanges humains. Je le regrette mais les observateurs avisés l’ont parfaitement compris. Et si tout n’a pas été parfait, je veux bien le concéder et j’invite notamment madame « je sais tout », spécialiste du net, et tous les autres « messieurs je sais tout mais je ne fais rien » à se joindre à nous pour nous apporter poliment leurs conseils et surtout leur aide pour faire encore mieux l’année prochaine.
Pour conclure, je rappellerai simplement que notre association n’existe que pour servir la cause du PRE en France et qu’aucun des membres du conseil d’administration n’en tire un quelconque bénéfice personnel ou professionnel.
L’approche du cheval est avant tout une école de modestie, d’humilité et de persévérance ; je citerai à cet égard les propos d’un maître bien connu dans le monde ibérique, Nuno Oliveira, qui, à la veille de sa mort, confiait à ses proches avoir encore tellement à apprendre….de son cheval.
A méditer avant d’aller donner des leçons sur le net.

Luc LACROIX
Secrétaire Général de l’AECE
Président du Comité d’Organisation du Championnat de France 2014.

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